Zone de Texte: REVUE INTERNATIONALE DE PHILOSOPHIE                               numéro 1 - 2016  Editée par www. respeth.com  ISSN (En cours)

SOMMAIRE

Avant-Propos : POURQUOI HEIDEGGER ?..........................................2

PRÉSENTATION DU PREMIER NUMÉRO .....................................8

TANOH (Jean Gobert), L’essence de la pensée comme méditation de l’ouvert de l’être avec Martin Heidegger  .......................................12

KOUAKOU (Antoine), Appropriation de la langue chez Martin Heidegger : Question de nationalité ou d’originalité ? ..............................30

SANGARÉ (Abou), Heidegger et la dialectique hégélienne de la négativité .................................................................................51

KOFFI (Koffi Alexis), Heidegger et Sartre : Quelles conceptions de l’être ? ....................................................................71

NYAMSI (Franklin), L’antihumanisme de Heidegger : éléments problématiques ......................................................90

YAPO (Séverin), De la philosophie heideggérienne de la religion à une philosophie de la présence comme spiritualité ? ..........110

 

Zone de Texte: REVUE INTERNATIONALE DE PHILOSOPHIE                               numéro 1 - 2016  Editée par www. respeth.com  ISSN (En cours)

SOMMAIRE

 

Avant-Propos : POURQUOI HEIDEGGER ?.........................................2

PRÉSENTATION DU DEUXIÈME NUMÉRO :                             

Martin Heidegger: Entre les lignes doctrinales........................................8

IRIE (Géraud Martial) L'habitat en question ............................................16

KOUASSI (Léonard Kouadio), Pour un humanisme nouveau à la lumière du penser poétique heideggérien .......................32

EKE (Wouanssi), Jean 1, 1 : ̉̉εν ρχ ν λόγος ou l’objet du litige avec Heidegger............................................................51

YAPO (Séverin), YAPI (Aké Michael Hannania), La question de la vérité et l'anthropologie phénoménologique chez M. Heidegger....81

Zone de Texte: REVUE INTERNATIONALE DE PHILOSOPHIE                               numéro 1 - 2016  Editée par www. respeth.com  ISSN (En cours)

SOMMAIRE

 

Avant-Propos : POURQUOI HEIDEGGER ?.........................................2

PRÉSENTATION DU TROISIÈME NUMÉRO : Sur les traces de Martin Heidegger : ……….................................................................8

DELLA (Toumgbin Barthélémy) Du Dasein heideggérien au pour-soi sartrien : la transcendance comme mode d’être de la réalité humaine ....12

YAPO (Séverin), Ego marial, phénoménologie husserlienne et humanité…...............................................................28

EKE (Wouanssi), Herméneutique de l’oubli heideggérien : à propos du poème de Hölderlin "Patmos"…............................48

KOUAKOU (Antoine), Martin Heidegger, l’énigme philosophique de notre temps…………………………........................74

 

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22 BP 1266 Abidjan 22 (Côte d’Ivoire)
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Tél. : 00225 09 62 61 29     00225 40 39 26  95        00225 09 08 20 94


ORIENTATIONS DE LA REVUE
RESPETH est une Revue (en version électronique et papier) de recherches sur Martin HEIDEGGER. Elle est rattachée aux Universités d’Abidjan-Cocody (Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY) et de Bouaké (Université Alassane OUATTARA) de la République de Côte d’Ivoire. C'est une revue internationale à caractère philosophique qui paraît une fois l'an (en édition régulière). En dehors de cette édition régulière, pourront apparaître, en éditions spéciales, les Actes de Colloques, les Conférences et Ateliers. Les textes que la revue publie proviennent des divers horizons qui composent le vaste champ des disciplines littéraires, artistiques et des sciences humaines et sociales ayant été influencées par la pensée du philosophe Martin HEIDEGGER.
La revue se propose de promouvoir et soutenir le développement et la compréhension de la pensée de M. HEIDEGGER. Elle encourage la production de textes de synthèse, de réflexions critiques qui valorisent les contributions et les limites de la philosophie de Martin HEIDEGGER, des façons améliorées, novatrices ou des commentaires et des analyses critiques explicitant des questions d'ordre théorique, méthodologique, éthique, épistémologique ou idéologique se rapportant à la pensée du philosophe :
* Des réflexions d’ordre théorique axées sur des études portant sur les thèmes liés à la philosophie de Martin HEIDEGGER ;
* Des travaux de phénoménologie restituant les influences aristotéliciennes, kantiennes, hégéliennes, husserliennes, etc., sans oublier celles des penseurs matinaux grecs, subies par Martin HEIDEGGER et ses héritiers ;
* Des apports de type herméneutique interprétant, dans un sens plus ou moins heideggérien, les textes philosophiques ;
* Des critiques de portée éthique ou/et idéologique de la philosophie de Martin HEIDEGGER, en ses rapports à la société contemporaine et aux mondes non-occidentaux.
* Des articles synthétisant ou établissant l’état des connaissances, retraçant l’évolution de la pensée de HEIDEGGER, ou inclinant la philosophie héritée de Martin HEIDEGGER vers de nouveaux horizons;
* Des comptes rendus d'ouvrages portant sur Martin HEIDEGGER.
RESPETH se propose aussi de publier les travaux primés dans le cadre du concours pour le Prix d'Excellence DIBI Kouadio Augustin.
Il existe des revues scientifiques traitant spécifiquement de la philosophie de Martin HEIDEGGER, certes. Et s’il existe des espaces de débats sur les possibilités qu’ouvrent la pensée de HEIDEGGER et ses influences dans le monde actuel, il convient de souligner qu’ils ne sont pas en assez grand nombre. La revue RESPETH se présente ainsi comme une ressource importante pour les chercheurs, les professeurs et étudiants qui s'intéressent au devenir de la philosophie d’influence heideggérienne.


COMITÉ SCIENTIFIQUE
Andrius Darius VALEVICIUS, Prof. Titulaire, Université de SHERBROOKE, Québec-Canada
Antoine KOUAKOU, Maître de Conférences, Université Alassane OUATTARA de Bouaké, Côte d’Ivoire
Augustin DIBI Kouadio, Prof. Titulaire, Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY d’Abidjan-Cocody, Côte d’Ivoire
Dominique ASSALÉ Aka Bwassi, Prof. Titulaire, Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY d’Abidjan-Cocody, Côte d’Ivoire
Franklin NIAMSI, Prof. Agrégé de Philosophie, Université de ROUEN, France
Jacques NANÉMA, Maître de Conférences, Université de OUAGADOUGOU, Burkina Faso
Jean Gobert TANOH, Prof. Titulaire, Université Alassane OUATTARA de Bouaké, Côte d’Ivoire
Sophie-Jan ARRIEN, Prof. Agrégée de Philosophie, Université LAVAL, Canada
COMITÉ DE RÉDACTION
DIRECTEUR DE PUBLICATION :
Antoine KOUAKOU, Université Alassane OUATTARA de Bouaké
REDACTEUR EN CHEF :
Séverin YAPO, Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY d’Abidjan-Cocody
SECRÉTAIRE DE RÉDACTION :
Léonard KOUASSI Kouadio, Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle
MEMBRES :
Alexis KOFFI Koffi, Université Alassane OUATTARA de Bouaké
Christophe PERRIN, Université Catholique de Louvain
Élysée PAUQUOUD Konan, Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest
Oscar KONAN Kouadio, Université Alassane OUATTARA de Bouaké
Pascal ROY-EMA, Université Alassane OUATTARA de Bouaké
Sylvain CAMILLERI, Université Catholique de Louvain
RESPONSABLE TECHNIQUE :
Raoul KOUASSI Kpa Yao, Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY d’Abidjan-Cocody


 

 

POURQUOI HEIDEGGER ?
Dans la langue de sa pensée, Heidegger dit que l’Être est la présence du présent ; cela apparaît comme une explicitation de cette catégorie fondamentale de la métaphysique occidentale. Qu’une Revue scientifique, en terre africaine, soit consacrée à rendre explicite l’intuition du dernier des grands penseurs de l’être, n’implique pas moins une question importante qu’il faudrait immédiatement poser, à savoir : Y a-t-il un intérêt à réfléchir, avec Heidegger, sur le sens et la vérité de l’être, pour des êtres dont l’histoire consciente demeure encore très problématique dans l’imaginaire de beaucoup de blancs ? Cette question, en se la posant, ne s’inscrit nullement dans un conflit d’identité ou de capacité historiale ; elle vise plutôt à scruter un implicite qui structure tout grand philosopher : Le rapport de la conscience aux choses. Ce rapport ne peut être esquivé, sous aucun prétexte, pour autant que l’homme, quelle que soit sa particularité individuelle ou collective, ne peut pas ne pas comprendre que le point de départ de l’histoire s’inscrit nécessairement dans ce rapport. Au fond, au-delà de tout ce qui nous préoccupe, et qui peut parfois devenir objet de divergences ou même de conflits, souvent violents, il y a une chose qui nous détermine tous : nous sommes des consciences devant les déterminités. Et la conscience ne parvient à sa vérité que dans une appartenance essentielle au Concept, comme expression d’une pensée substantielle de son rapport aux choses. De ce point de vue, ce rapport n’est pas un simple rapport, il est si complexe qu’une complaisance à son égard influence négativement la marche dans l’histoire de tout peuple. La qualité de cette marche est donc déterminée par le sérieux et la profondeur avec lesquels l’on se pense dans la présence des choses. Husserl, dont la philosophie est une réappropriation de la conscience, dans son essentialité, nous permet de bien comprendre qu’une pensée rigoureuse ne peut se dispenser de la vérité de la conscience dans son rapport aux choses, d’où la nécessité fondamentale de l’époché, pour accéder au moi transcendantal ; car une conscience encombrée de psychologisme rend impossible l’effectivité exacte de celle-ci dans son intentionnalité. C’est la réduction transcendantale pour désobstruer le rapport de la conscience aux choses. Le retour aux choses ou "droit aux choses mêmes", comme idée substantielle de la phénoménologie husserlienne, est le retour de la conscience dans sa pureté originelle, seul gage pour rendre la philosophie, c’est-à-dire le Concept, à sa propre vérité, comme science rigoureuse. Le célèbre article de Husserl, La philosophie comme science rigoureuse, paru en 1911, en donne la pleine mesure. La conscience, étant le fondement premier de toute science, y compris la philosophie en premier, exige d’être pensée en soi, comme conscience transcendantale, pour donner au Concept toute la rigueur de son sens. La rigueur de la conscience, qui s’atteste dans la réduction phénoménologique, chez Husserl, traverse toute la pensée de Heidegger, qui l’enracine dans une expérience plus originaire et plus originelle, celle avec l’Être.
Quand j’essaie de faire attention à mon environnement, je vois les choses-ci : à côté, un chien ; devant, une maison ; plus loin, un arbre. Ces choses seraient-elles spécifiques à mon environnement ? N’existeraient-elles pas ailleurs, à des milliers de kilomètres, à Katmandou au Népal par exemple ? Si, mais, on pourrait objecter que mon chien n’est pas le même que celui du Népal. Sans doute, mais si on admet que mon chien et celui du Népal sont des chiens, il va sans dire que quelque chose de plus profond les détermine, de telle manière que, malgré l’évidente différence, ils demeurent des chiens. Notre pensée, qui les identifie comme chiens, se pose sur la réalité non perceptible, qui, dans sa profonde vérité, permet de déterminer le chien comme chien. Ainsi, la pensée, dans son propre, se conçoit et se fonde sur le non-présent, en tant qu’il est l’indéterminable dans le déterminable-présent. Et c’est là toute la pertinence du penser heideggérien. La tentation constante d’être envahie par le présent empêche la pensée de se déployer rigoureusement pour donner à la conscience toute sa vérité.
Penser la pensée, dans son appartenance à l’Être, pour la préserver de l’invasion de l’étance, reste une idée éternellement "jeune", qui implique, sans aucun doute, la préservation absolue de l’identité essentielle, sans laquelle, de toute évidence, rien de substantiel ne peut être construit, pour donner à l’histoire la plénitude de son sens. La question de la pensée est une question d’humanité qui ne saurait être circonscrite à une aire géographique, dans la mesure où le rapport de l’homme à l’étant est un rapport qui structure, de manière universelle, son existence.
Mieux, penser la pensée pour mieux la rendre à l’homme, afin de lui permettre d’habiter, dans la sérénité, la terre, où l’étant devient absolu, exige une méditation sur le rapport de l’étant à l’ être. Un rapport dans lequel l’étant est dans la dépendance de l’être. L’étant se structure dans une articulation nécessaire à l’être. Cette nécessaire articulation, disloquée par la métaphysique de l’étant, est si absolue que Heidegger, dès les premières pages de Être et Temps, fait le constat suivant : « La question de l’être est aujourd’hui tombée dans l’oubli » (Heidegger, 1986, p. 25). Mais au préalable, il n’a pas manqué de dire ceci, dont la gravité permet de mesurer tout l’enjeu de sa pensée : « Avons-nous une réponse à la question de savoir ce que nous voulons dire exactement avec le mot « étant » ? Aucunement. Dans ces conditions, il faut poser en termes tout à fait neufs la question du sens de l’être. Sommes-nous donc seulement aujourd’hui encore dans l’aporie de ne pas entendre l’expression « être » ? Aucunement. Dans ces conditions, le plus urgent, c’est de réveiller une entente pour le sens de cette question » (Idem, p. 21). Il s’agit, alors, de pousser à fond le rapport de l’homme au savoir pour qu’advienne et se maintienne, sans prétention et de manière définitive, son essence pensante, si tant est que rien ne peut possibiliser son existence, s’il n’est radicalement établi dans cette essence. Car, dit Heidegger, « savoir est la sauvegarde pensante de la garde de l’être » (Heidegger, 1958, p. 420). Cette garde, dans laquelle l’homme accomplit la splendeur de son humanité, n’est spécifique à aucune race et à aucun continent, sauf si nous admettions que la pensée ne serait pas le propre de l’homme. Pour avoir commencé en Grèce que Hegel qualifie comme le point lumineux de l’histoire universelle, la pensée, dans l’appartenance à son essence, comme objectivation rigoureuse et profonde de la conscience dans son rapport aux choses, déborde la seule Grèce, et poursuit sa marche radicale, vers le lieu essentiel où l’homme est pleinement chez soi. Peu importe la manière avec laquelle elle parvient aux peuples, qu’elle soit embastillée dans un impérialiste colonial, il nous faut l’accueillir, avec grande sérénité et lui permettre de croître dans le secret de sa puissance, qui rend puissants les peuples qui savent la contempler dans la splendeur de sa vérité. Là se trouve, paradoxalement, l’authentique chemin de liberté, parce qu’est libre celui qui se déploie dans la Libre-Étendue, où sont brisées les idoles de nos excessifs particularismes et de nos primitivités, dénuées du saut qualitatif, nous empêchant ainsi de saisir la profondeur de cette idée heideggérienne : Là où croît le péril, là aussi croit ce qui sauve. Ce qui suppose qu’il faut, dès la départ, écarter, avec une violence salutaire, l’idée d’une rationalité multiple, comme si "un plus un" feraient, ailleurs, autre chose que deux. La logique n’est ni culturelle, ni géographique, c’est le propre de l’esprit ; et l’essence de l’esprit, selon Hegel, réside dans la conscience de soi, conscience parvenant à son contenu comme Concept. Ce Concept est grec ; et nous sommes, pour ainsi dire, des Grecs. Serait-il scandaleux d’affirmer pareille chose ? Ne faudrait-il pas revendiquer autre chose que la grécité, surtout que la Grèce actuelle est menacée de faillite, en raison de profondes difficultés économiques ? Aussi, pourrions-nous ironiser, de telles difficultés ne trouvent-elles pas leur fondement ultime dans un certain « oubli de l’Être » ? Y a-t-il donc, aujourd’hui, honneur à défendre une filiation grecque ? En bonne logique non, pas pour des raisons de grandeur économique, mais parce qu’un Noir ne peut pas avoir un ancêtre Blanc, alors qu’il n’est pas mulâtre. Alors que veut dire "nous sommes des Grecs ?" Heidegger nous donne l’excellente réponse : « Grec, cela ne signifie pas, dans notre façon de parler, une propriété ethnique, nationale culturelle ou anthropologique ; grec est le matin du destin sous la figure duquel l’être même s’éclaircit au sein de l’étant et en laquelle une futurition de l’homme, qui en tant qu’historial, a son cours dans les différents modes selon lesquels elle est maintenue dans l’être ou délaissée par lui, sans pourtant jamais en être coupée » (Heidegger, 1958, p. 405).
Dans une Afrique, où, cinquante ans après les indépendances, pour la plupart des pays francophones, la question des États modernes demeure encore très préoccupante, en raison d’une appropriation non encore suffisante des concepts fondamentaux comme la justice, la liberté, l’égalité sociale et politique, la rigueur au travail, concepts à partir desquels se construit tout peuple viable, une entreprise comme RESPETH, qui s’élève dans l’horizon de la pensée de l’Être, n’apparaît pas seulement juste mais nécessaire. Bien qu’elle ne soit pas au centre de la pensée heideggérienne, la pensée des valeurs et des exigences sociales et politiques ne sous-tend pas moins la question de l’être, si tant est que c’est au cœur d’un humanisme fondamental, comme pensée de l’Être, qu’émerge et acquiert consistance tout humanisme classique, comme valeurs humaines à promouvoir et à sauvegarder. Il serait, alors, prétentieux, de croire que la présente œuvre donnerait des directives à l’action de l’homme ; une telle orientation est, simplement, aux antipodes de la pensée de Martin Heidegger, pour qui la pensée est en soi une action radicale : « La pensée n’est pas d’abord promue au rang d’action du seul fait qu’un effet sort d’elle ou qu’elle est appliquée à La pensée agit en tant qu’elle pense. (…) Cet agir est probablement le plus simple en même que le plus haut, parce qu’il concerne la relation de l’homme à l’être » (Heidegger, 1966, p. 68). Pourquoi ? Parce que là où existent des distorsions sociales et des horizons historiques confus, la pensée ne s’est pas suffisamment accomplie, c’est-à-dire l’homme n’a pas, avec vigueur et rigueur, porté son essence dans la seule relation, qui lui donne tout son contenu, celle de l’être. Ne serait-il pas alors bien étonnant de montrer, avec rage, comme l’a fait Emmanuel Faye, que Heidegger est un théoricien du nazisme ? Ne serait-il pas tout à fait injuste d’enfermer le grand penseur de l’Être dans une courte séquence de sa vie (Six mois rectorat sous le régime des nazis), alors même que la commission de « Dénazification » (France-Lanord, 2016, p. 320-326) a eu lieu depuis le courant des années 1945-1949 ! L’image intime du philosophe de la Forêt Noire, qu’il convient tenir fermement, détruit radicalement le rectorat sous le nazisme. Pas plus que son génie de pensée ne peut être discrédité par son son histoire d’amour avec Hannah Arendt, pas plus les accointances avec le nazisme ne peuvent remettre en cause la profondeur de pensée du dernier des grands philosophes de notre temps. Le génie n’est pas Dieu ; et la grande intelligence n’est pas canonisation.
« Le présent est le rassemblement ordonnant et sauvegardant du présent en sa présence chaque fois séjournante » (Heidegger, 1958, p. 444). Apprendre à sauvegarder le présent pour habiter, de manière sereine l’humanité de l’homme, telle est, pour nous, l’absolue nécessité inesquivable. Apprendre à penser, avec Martin Heidegger, ce n’est pas apprendre à spéculer, c’est apprendre à être radicalement humain ; seul l’humain pense en poète, c’est-à-dire la pensée qui élève l’homme dans une harmonie intégrale, parce que pensée de l’Être. Alors, reprenant Hölderlin, Heidegger pouvait écrire : « Plein de mérites, c’est pourtant poétiquement que l’homme habite la terre ». Puissent nos présents « Pas » demeurer dans l’ouvert irradiant de l’Être, pour qu’advienne l’effectivité historique du Concept Vivant.

Jean Gobert TANOH


PRÉSENTATION
« Pourquoi Heidegger ? » pour reprendre l’intitulé de l’Avant-Propos de Professeur Jean Gobert TANOH. Bien évidemment, cette question trouve sa pertinence à un moment donné de notre histoire universelle, où de violentes critiques surgissent de nombreux pourfendeurs du philosopher heideggérien. Bien plus, « Pourquoi Heidegger ? » à l’heure où il nous est annoncé le "Cahier noir", précisément Heidegger, la preuve du nazisme par le "Cahier noir" ? Tel est, en effet, le titre de l’ouvrage annoncé pour mars 2014, et à partir de laquelle, certainement, l’époque contemporaine pourrait enfin trancher si Heidegger a été un penseur égaré par une volonté de puissance destructrice passagère, ou si son itinéraire politico-intellectuel est le reflet d’une tendance perverse plus profonde. En fin de compte, pourquoi donc une Revue Spécialisée en Études Heideggériennes (RESPETH) ? Alors même qu’il est fait mention, en Europe, principalement en France, de la possibilité de soustraire les écrits de Heidegger des manuels scolaires !
Ne serions-nous pas en train de ramer à contre-courant, sinon d’édifier une philosophie du "Dés-ordre", au sens d’une pensée qui entre en op-position avec ce qui semble déterminer l’ordre mondial. Or qu’est-ce qui détermine l’ordre actuel de la pensée mondiale, si ce n’est la Pensée calculante ? Et qu’est-ce qui, en bonne logique, s’oppose à cette dernière, sinon la pensée méditante ! À partir de ce moment, ne se précise-t-il pas des pistes de réponse quant aux préoccupations sus-mentionnées ?
De fait, le chemin qui s’ouvre à nous semble dire ce qui suit : notre intérêt, pour Martin Heidegger, est fondé sur l’option d’une pensée fondamentale. Aussi l’analyse que propose Jean Gobert TANOH en est-elle une parfaite éloquence : De « L’Essence de la pensée comme méditation de l’Ouvert avec Martin Heidegger » correspond à l’essentiel du philosopher heideggérien. « La pensée est de l'Être, en tant qu’advenue par l’Être, elle appartient à l’Être. La pensée est ce qu’elle est selon sa provenance essentielle, en tant qu’appartenant à l’Être, elle est à l’écoute de l’Être » (Heidegger, 1983, p. 35). Et, de sa provenance essentielle, comment l’Être nous vient-il ? Quel langage l’Être emprunte-t-il pour proprement se dire ? Martin Heidegger, en tant que penseur essentiel, ne le saisissons-nous pas à travers sa réappropriation de la langue, pourrait-on même dire de la langue philosophique. Les révisions conceptuelles auxquelles il s’attèlera, comme pour réhabiliter la pensée essentielle tombée dans l’oubli, illustrent bien cela. Aussi l’« Appropriation de la langue chez Martin Heidegger : question de nationalité ou d’originalité ? », réflexion proposée par Antoine KOUAKOU, fait-elle le pas en faveur du fonds original heideggérien.
N’est-ce pas dans cette droite ligne que s’inscrit l’analyse d’Alexis Koffi KOFFI : « Heidegger et Sartre : Quelles conceptions de l’Être ? » Si, en effet, Heidegger se donne à être comme le Héraut éponyme de l’Être, c’est bien parce qu’entre tous les penseurs, il en a fait une approche substantielle. De là, particulièrement, se décèle sa différence avec Sartre. Toute chose qui fonde l’originalité de sa pensée. Par contre, à partir d’une remontée dans l’histoire, et ce dans son dialogue avec des grandes figures de la pensée philosophique, singulièrement avec Hegel, « Heidegger et la dialectique hégélienne de la négativité », tout ense donnant pour tâche fondamentale de clarifier la position de Heidegger sur l’approche hégélienne de la négativité, en vient à en montrer les limites. Et, aux yeux d’Abou SANGARÉ, si Heidegger reproche à Hegel un certain oubli de l’origine pure, elle-même consignée dans l’Être entendu comme fond abyssal, cela témoigne d’une vision restrictive du négatif hégélien, en référence même à la négativité abstraite du Temps qui ne relèverait ni du penser logique ni de la subjectivité finie. Dans cette perspective, un tel chemin de pensée, tout en dévoilant le sérieux du dialogue que RESPETH entend engager avec Heidegger, ne manque pas de lui restituer sa grandeur et ses limites. En clair, la Revue entre elle-même en débat avec le philosophe et les fonds inavoués et insoupçonnés de sa pensée.
C’est bien dans cette optique que se situe la réflexion de Franklin NYAMSI. « L’Antihumanisme de Heidegger : éléments problématiques » réactualise, à partir de la relecture de la Lettre sur l’humanisme, la problématique de l’antihumanisme de Heidegger. À partir des figures classiques de l’humanisme (romain, de la renaissance, des Lumières et celui contemporain de Marx et de Sartre), que le philosophe de Fribourg qualifie d’anthropologique, sinon d’inauthentique (en ce qu’ils évaluent pauvrement l’essence de l’Homme), l’auteur en vient à saisir la profondeur de l’humanisme heideggérien. Cet humanisme prend son sens dans la pleine disposition du Dasein à dire la vérité de l’Être. De plain-pied dans l’ontologie heideggérienne, comment s’empêcher de pousser la critique à fond, de la radicaliser ? Et, dans cette radicalisation, ne sommes-nous pas aux portes des limites de la pensée heideggérienne ? Entendre ici les "limites", non pas au sens limitatif, mais en tant que ce à partir de quoi une autre entente est offerte, ce sur quoi émerge de possibilités nouvelles ; c’est bien tout le sens de l’analyse de Séverin YAPO qui part « De la philosophie heideggérienne de la religion à une philosophie de la présence comme spiritualité ». Au fond, si la problématique ontologique, telle qu’elle se déploie chez Heidegger, reste dans une indécision ou indifférence quant à l’être des Dieux – « cette indécision comprend en elle la question – dans toute sa dignité de question : avant tout, est-il permis d’attribuer quelque chose comme « être » à des Dieux sans aussitôt dévaster tout ce qui a trait au divin ? » (Heidegger, 2016, p. 497) – Qu’est-ce que le divin ? À quoi comme possibilité nous ouvre une pensée du divin quant à la décision sur l’enjeu d’un lien de l’homme aux dieux, à Dieu et au divin : entre sur-humanisation et humanisation ? C’est aux rivages d’un tel questionnement que porte une réflexion sur le thème de la présence.
Somme toute, c’est la survivance même du religieux dans le philosopher de Heidegger, penseur de l’Être, qui semble autoriser à parler d’une philosophie de la présence. N’est-ce pas là le sens de tout philosopher ? « "La philosophie est de l’estre" (GA 66, 53). La philosophie porte sur ce qui vient à elle sans venir d’elle, elle porte sur ce qui, jusqu’à elle s’apporte, pour autant qu’elle sait s’y montrer réceptive. Cet apport vient de l’être, qui, ainsi entendu, se dit mieux « estre » pour indiquer ce qu’il y a là de déroutant ou de déconcertant. » (David, dansn Arjakovsky, Fédier et France-Lanord, (Dir.), 2016, p. 439). Entendu que, « quant à sa pleine essence, cette caractérisation historiale de la philosophie conçoit cette dernière comme pensée de l’estre » (Heidegger, 2016, p. 480), RESPETH devra œuvrer en sorte que ce qui est porté à l’apprésentation du monde, en sa présence telle, soit, toujours, comme une étoile au ciel de l’humanité. Du regard tourné vers un tel ciel, ne se profile-t-il pas l’image proventuelle d’un « Cahier blanc pour Martin Heidegger », signe visible de ce que l’assombrissement du monde n’égale jamais la Lumière de l’Être ?

Antoine KOUAKOU


NUMÉRO THÉMATIQUE 2017 DE LA REVUE RESPETH
« LE "DISCOURS DU RECTORAT" DE MARTIN HEIDEGGER ? »

Recteur de l’Université de Fribourg (21 Avril 1933 - 23 Avril 1934), Martin Heidegger prononça, le 27 Mai 1933, le Discours du Rectorat intitulé : « L’Auto-affirmation de l’Université Allemande ». Un tel discours, tout au long de sa carrière de philosophe ou de penseur, et surtout en sa qualité d’Enseignant-Chercheur, n’a pas manqué d’influer sur sa vie et sa notoriété. En parcourant ce discours, l’évidence s’offre à nous qu’il est assez multiforme. Il s’y joue tout à la fois le politique, le scientifique, le socio-culturel et spirituel. En choisissant, pour ce Numéro 5, de méditer sur le Discours du Rectorat de Martin Heidegger, RESPETH a le souci fondamental de convoquer la communauté des chercheurs, penseurs et étudiants à re-penser, à nouveaux frais, et de façon substantielle, les orientations de pensées qu’il offre. En l’occurrence, les questions qui tournent autour de l’Université, la Violence, le National-Socialisme, l’Éducation, la Nation, le Travail, la Défense, les Guides, etc. Aussi, en s’appuyant sur le principe de la liberté de penser, RESPETH ne voudrait-elle nullement dégager quelque axe de réflexions que ce soit ! Il est donné libre cours à chacun, à partir d’une interprétation pertinente de ce discours, de proposer des articles inédits. Les articles, rédigés entièrement, sont à envoyer au plus tard le 15 octobre 2017, aux adresses suivantes :Email : k_anthoyne@yahoo.ca et yapson7@yahoo.fr


Tout article proposé doit se conformer au protocole de rédaction de la revue, disponible www.respeth.org


Les frais d’instruction et de publication sont estimés à 40.000 F CFA, soit environ 60 Euros.